Vérifier une réponse d’IA : trois gestes, deux minutes
Nous avons posé cinq questions piégeuses à ChatGPT. Quatre réponses justes et sourcées, une erreur discrète. Le danger a changé de nature, et la méthode de vérification aussi.
- ChatGPT
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Nous voulions écrire l’article classique : provoquer une belle hallucination, la montrer, expliquer comment l’attraper. Nous avons posé cinq questions à ChatGPT le 6 septembre 2026, sans compte, en cherchant l’erreur.
Nous ne l’avons pas trouvée là où nous l’attendions. Et ce que nous avons trouvé à la place est plus utile.
Ce que nous avons demandé, et ce qui est revenu
Question 1, un délai légal. « Quel est le délai maximum de paiement entre professionnels en France, et quel article du code de commerce le fixe ? » Réponse : soixante jours, article L. 441-10 du code de commerce, avec les variantes (trente jours à défaut de stipulation, quarante-cinq jours fin de mois sous conditions). Chaque point renvoyait à Légifrance.

Question 2, du droit du travail. Congés payés acquis par mois, durée légale hebdomadaire. Réponse exacte, sourcée sur le ministère du Travail et Service-Public.
Question 3, un piège. Nous avons demandé comment activer « le mode hors ligne de ChatGPT », une fonction qui n’existe pas, en faisant comme si elle existait. C’est le test qui fait tomber le plus de modèles : beaucoup jouent le jeu et inventent une procédure. Celui-ci a refusé la prémisse, expliqué que l’application de bureau est une interface vers un service en ligne, et proposé la vraie alternative.
Question 4, du comptage. Une liste de douze participants, dont quatre homonymes, avec deux sous-questions. Tout juste.
Question 5, un livre peu connu. C’est là que ça s’est joué.
L’erreur, et elle est discrète
Nous avons demandé le nombre de pages et l’année de l’édition la plus récente d’un livre français à faible diffusion.

Reprenons calmement, parce que le détail compte.
L’année est exacte. La fiche du livre indique bien une publication en 2025. Nous l’avons vérifiée.
L’ISBN est exact. Vérifié aussi.
La conclusion est fausse. « Nombre de pages : non vérifiable avec les sources disponibles. » Or la fiche produit du livre affiche, dans son encadré de caractéristiques : 370 pages. En clair, à côté de la langue et des dimensions.
Comment un assistant qui cherche correctement peut-il rater une information affichée sur la page principale du produit ? Regardez les sources qu’il cite : un catalogue bibliographique tiers, et eBay. Il n’est jamais allé sur la fiche du livre elle-même.
Ce qui a changé depuis deux ans
L’image d’une IA qui invente tranquillement des faits est encore partout dans les articles français. Elle correspondait à la réalité de 2023. Elle décrit mal ce que nous avons observé.
Sur nos cinq questions, l’assistant a systématiquement cherché sur le web avant de répondre, et il a affiché ses sources. Il a même refusé un piège que beaucoup d’humains ne détectent pas. Le progrès est réel, et le nier n’aide personne.
Mais le risque n’a pas disparu, il s’est déplacé. Il ne ressemble plus à une invention voyante. Il ressemble à ceci :
- une réponse partielle présentée comme complète ;
- un « je n’ai pas trouvé » qui veut dire « je n’ai pas bien cherché » ;
- des sources réelles mais faibles, ou anciennes, ou secondaires ;
- une information exacte à une date passée, restituée au présent.
Ce sont des erreurs plus difficiles à voir, parce qu’elles arrivent habillées en réponse sérieuse.
Les trois gestes
Geste 1 : ouvrir les sources, pas les compter. Une réponse avec quatre pastilles de source n’est pas quatre fois plus fiable qu’une réponse sans. Cliquez sur une seule, la plus importante, et regardez ce que c’est. Un site officiel, un média, un revendeur, un agrégateur ? Dans notre cinquième test, la seule question à se poser était : pourquoi eBay plutôt que la page du livre ?
Geste 2 : aller à la source première, une fois. Pour un produit, sa fiche chez celui qui le vend ou le fabrique. Pour une règle, le texte officiel. Pour un chiffre public, l’organisme qui le publie. C’est presque toujours une seule recherche, et elle tranche.
Geste 3 : traiter « je n’ai pas trouvé » comme une hypothèse. C’est le geste le moins évident et le plus rentable. Une absence de résultat n’est pas une absence d’information. Reformulez, ou allez voir vous-même à l’endroit évident. Dans notre test, l’endroit évident était à un clic.
Et une phrase à ajouter à vos demandes, qui coûte cinq secondes :
Pour chaque affirmation, indique d’où elle vient et de quand elle date. Si tu n’es pas sûr, dis-le au lieu de compléter.
« Quelle IA se trompe le moins ? »
C’est la question que tout le monde tape, et elle n’a pas de réponse utile. Non par diplomatie : parce que la fiabilité ne se comporte pas comme une caractéristique fixe.
Sur nos cinq tests, le même assistant a été irréprochable quatre fois et imprécis une fois. Ce n’est pas le modèle qui a changé entre les questions, c’est ce que la question permettait.
Ce qui fait réellement varier la fiabilité :
- La tâche. Compter, résumer, raisonner sur ce que vous fournissez : très solide. Retrouver un fait précis peu documenté : nettement moins.
- L’accès aux sources. Une réponse qui va chercher vaut mieux qu’une réponse de mémoire. La différence est plus grande qu’entre deux modèles concurrents.
- La fraîcheur de l’information. Tout ce qui a changé récemment est un terrain glissant, quel que soit l’outil.
- La formulation. Une question qui contient une fausse hypothèse invite à la suivre. Notre test du mode hors ligne le montre : ici, elle a été refusée, mais c’est le piège le plus efficace qui existe.
- La consigne de vérification. Demander l’origine et la date des affirmations change le comportement, pas seulement la présentation.
Ce que ça change dans votre travail
Si vous utilisez l’IA pour produire quelque chose que vous allez envoyer, signer ou présenter, la règle tient en une ligne : vérifiez ce qui vous engage.
Un chiffre dans une note pour votre direction. Une date dans un e-mail client. Un montant, un délai, un nom propre, une référence légale. Le reste, la tournure, la structure, le ton, ne demande pas de vérification, seulement une relecture.
C’est pour cette raison que chez Glowia, chaque article qui apprend à produire quelque chose renvoie ici. Faire un bon prompt améliore la pertinence, pas l’exactitude. Écrire un e-mail professionnel vous fait gagner vingt minutes, à condition de relire les dates.
Pour comprendre le mécanisme derrière ces erreurs plutôt que la méthode pour les attraper, lisez pourquoi une IA invente parfois des réponses, et la définition d’une hallucination dans notre glossaire.
Ces réflexes, appliqués sur la durée, sont exactement le sujet du livre L’Intelligence artificielle pour débutants de Marie Britom : ce qui dure, formuler et vérifier, plutôt que les boutons qui changeront dans six mois.
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